samedi 19 décembre 2009

Quatre chiens et un traineau


Recette pour une journée de bonheur :

Prenez une belle journée ensoleillée de décembre, avec une jolie couverture neigeuse, une température bien fraiche et un grand ciel bleu (idéalement entre - 15 et -20).

Commencez par un solide brunch pour donner de l'énergie.

Enveloppez votre personne dans plusieurs couches de vêtements chauds. Enfournez dans un char québécois et laissez mijoter à température agréable durant une petite heure. Sortez et laissez refroidir quelques minutes entre le char et un joli chalet de bois, le temps d'assaisonner de forêt hivernale.

Laissez reposer environ une heure dans un chalet de bois rond chauffé au poêle à bois. Ressortez la personne avec l'aide d'un guide. Disposez votre sujet sur un traineau préalablement muni de quatre à six chiens adultes bien toniques. Laissez glisser deux à trois heures sur la neige fraiche en ajoutant ou retirant quelques couches de vêtements selon l'effet désiré. Ajouter quelques éclats de rire, une petite touche de fantaisie et des sourires à volonté.

Ramenez doucement votre sujet vers le chalet, en prenant bien soin de ne pas le brusquer et en évitant de le retourner. Séparer doucement du traineau et des chiens. Réchauffer à température ambiante à l'aide de feu de bois, de chocolat bien chaud ou de bière. Laissez reposer une heure ou deux.

Rajoutez quelques projets d'avenir, puis au choix des illuminations hivernales, un peu de homard ou des discussions amicales.

Votre recette est à cette étape un véritable succès, vous pouvez la recommencer aussi souvent que possible pour une maitrise complète.

lundi 7 décembre 2009

du homard au souper

Il y a des moments minuscules, fragiles, qui auraient aussi bien pu ne pas exister.
Il suffirait de peu pour changer la texture de la vie, et il suffit de peu pour la rendre si jolie. Comme à mon habitude, l'émotion vient de l'estomac, et le bonheur suit.

Sans véhicule depuis maintenant 10 jours, mais c'est une autre histoire, je me suis habituée sans mal à rejoindre chaque jour mon travail à pied. C'est l'affaire d'une demi-heure, dans l'aube claire ou le crépuscule, les deux bottes foulant la neige, le nez glacé et les joues rouges. Quelques enfants sur le chemin de l'école, un retraité promenant son chien : les rencontres sont rares.
Chacune de ces traversées de la petite ville est un moment de solitude tranquille, de calme et de beauté.

Sur la route, j'en profite parfois pour faire halte à l'épicerie. La marche me donne faim. C'est ainsi qu'aujourd'hui j'ai fait une razzia sur les produits de la mer. Derrière leur vitre, les salmonidés en cours de fumaison avaient l'air trop appétissants, impossible de résister. Et tant qu'à trainer dans le rayon un peu ... oh, des homards en promotion !

Quelques heures plus tard, j'ai le corps satisfait et l'âme enchantée, littéralement, par la joie de comprendre les secrets intimes de ce homard, comme un puzzle à résoudre.

Il en faut peu pour être heureux, guère plus que la fantaisie d'un souper, gentille folie ordinaire.

samedi 7 novembre 2009

Dégustation de savoir-faire

Sur la mangeoire un oiseau fait ses réserves de nourriture pour la journée.
Derrière la fenêtre, au chaud sous un chat et une couverture, je repense au diner d'hier au soir.

Invitée en dernière minute au repas anniversaire d'une association humanitaire, j'y ai retrouvé avec plaisir des personnes de qualité. L'évènement se passait à l'école hôtelière. Il va sans dire que le menu gastronomique a laissé un gout de bonheur qui s'étend jusque dans ma matinée tranquille.

Saveurs du monde dans la gaieté et le bon goût, une soirée de talons hauts et de décolletés, costumes sombres et grands sourires.

Une parenthèse en écho à des ailleurs plus mondains, dans une vie simple et calme comme les eaux d'un lac. Délicieuse.

mercredi 4 novembre 2009

11h36 et des poussières

Il est des moments purs quand par chance ou inadvertance on laisse parler son âme.
Ça ne prévient jamais et pourtant l'instant a cette clarté inoubliable.

Le lieu est commun, il aurait suffi de peu pour cette fois-ci aussi parler de rien, pour meubler le silence, au lieu de quoi on tend des perches, on fait des liens, et de ce petit laps de temps émerge la vérité, une de celles que l'on reconnait d'instinct.

C'est un risque à prendre, de laisser tomber les masques. Quand deux personnes se rencontrent ainsi, c'est une amitié qui se noue, sur quelques mots, sur un brin de franchise.

La naissance d'une amitié, et deux cœurs plus légers.

mardi 3 novembre 2009

Un brin de nostalgie

Parfois le passé et le futur viennent se télescoper dans une sorte de rêverie mélancolique, et toujours la Turquie m'habite. Istanbul l'incomparable dans des flashs, mélanges de souvenirs et de désir.

Déguster un sahlep chaud sur Istiklal par un matin froid et se réchauffer le cœur aux odeurs de cannelle. Descendre par une journée brulante retrouver la tête de Medusa dans les citernes englouties et se perdre dans un arbre impossible parmi les sons d'eau et les musiques lunaires. S'asseoir sur les bancs au dernier étage du vapur et guetter les dauphins dans le Bosphore. Trainer sa nuit sur Nevizade et finir aux petites heures ivre de danse à picorer en riant les moules farcies du petit vendeur de rue. Me réfugier sous une pluie torrentielle dans ma librairie aux rayonnages de bois débordant de trésors. Errer dans les musées d'une exposition l'autre. Parler, parler encore et encore. Des voix me chuchotent des mots dans une langue presque oubliée.

Mille images dans ma tête comme un kaleidoscope fou. Et le parfum inoubliable des amitiés, des heures de tavla dans la rue, une soirée à l'opéra, le poisson hebdomadaire, sacré, les rires et les jardins secrets.

Comme d'autres avant moi je découvre la saveur douce amère de l'exil.
Et pourtant.
Ici aussi, maintenant.
Le paradis, impossible, réunir tous les espaces et les saisons en un seul lieu et temps ... non, la diversité plutôt, avec le manque parfois, avec toujours plus, quelque part encore.

samedi 31 octobre 2009

Hommage à un autre voyageur

Je ne peux m'empêcher de vouloir partager un peu les récits du périple de mes trois amis montréalais d'adoption, six semaines à travers le Canada, et c'est fou ce que ça donne envie !

http://brius.wordpress.com/

jeudi 22 octobre 2009

Les premières neiges


Joli cadeau pour mon jour de congé : les premiers flocons volettent doucement vers le sol lorsque j'ouvre les rideaux. Au fil des heures les arbres blanchissent, puis les toits, et enfin le paysage tout entier se transforme en joie pure. Comme moi. Je paresse au fond du canapé, sous une petite couverture, le casque téléphonique sur la tête, l'ordinateur portable sur la table basse devant moi, le chaton noir sur mes pieds, et je regarde avec un bonheur parfait tomber la neige, dense et lourde.

Les premières neiges sont toujours les meilleures, et lorsqu'elles ont l'élégance de survenir un jour sans travail, elles se savourent comme la meilleure des amitiés.
C'est avec nonchalance que je songe installer les pneus neige sur la voiture, à poser les filtres isolants sur les fenêtres. Ce ne sera pas pour aujourd'hui. Demain peut-être. Aujourd'hui, je profite sans entrave de ce plaisir saisonnier. Les gros pulls sont rangés dans l'armoire, les gants sont à leur place, les pelles attendent avec impatience de sortir faire leur ouvrage, mais moi je suis en paix, sans urgence autre que celle de vivre avec intensité ce présent féérique.

Ici et maintenant commence l'hiver !

dimanche 27 septembre 2009

Teddy Bear


Il pleut sur l'autoroute, la nuit tombe et les nuages viennent se poser sur les lacs et les forêts. Tout a pris une de ces teintes sortie d'un vieil album photo, la magie s'est emparée de la route désolée. La voiture est sur auto pilote, j'ai le regard qui balaie machinalement les bords de route à l'affut de l'orignal redouté.

Depuis Québec et plus d'un an, l'autoroute est en travaux de dédoublement. Par endroits un cordon d'asphalte tout nouveau longe les voitures. Un peu de musique pour sortir un peu plus parfaitement de la réalité du monde et se perdre dans la distance.

Puis tout à coup il est là, sur la nouvelle portion de route, une masse sombre et perplexe, qui regarde passer le flux d'automobiles comme d'autres les trains. Un ours noir, pas un adulte, un jeune sans doute juste séparé de sa mère.

Dans le crépuscule c'est comme un ourson en peluche posé là par un enfant géant.
Étrange apparition.

dimanche 20 septembre 2009

plage de fièvre


Les pieds dans le sable, les yeux dans l'eau, l'été qui s'achève ... c'est trop beau !
D'accord c'est une vilaine parodie de Roch Voisine, mais à ma décharge je dois dire que la plage de la Pointe Taillon est si belle, douce et sauvage la fois, que la musique vient toute seule accompagner la perfection du moment.

Le sable est coloré par bandes, les vagues portées par un vent chaud viennent rythmer la journée ensoleillée. Ici et là des traces d'animaux viennent écrire des messages inconnus sur le sol, se croisent et s'entrelacent dans des danses sans danseurs. Les eaux du lac ont porté et façonné des bouts de bois en sculptures douces et torturées. Le temps s'arrête.

Plus tard le sentier dans le bois, traces du passage des castors sur la piste, troncs grignotés, copeaux sur le sol et terres inondées. Quelque part se cachent les orignaux, plus loin, dans la forêt sombre. Ailleurs une tourbière farouche dissimule les canneberges exquises dans les mousses, entre deux plans de thé du labrador, savoureux comme un bonbon de résine.

La Pointe Taillon, une terre abandonnée regret par ses habitants, un délice pour les promeneurs, une réserve précieuse d'odeurs et de calme.

Québec, toujours.

samedi 19 septembre 2009

amoureuse d'un ... phoque


Oui oui je sais ça fait un peu cliché ... le phoque avec ses yeux de velours charmant la fille au bord de l'eau ... mais ... mais ... mais il était tellement mignon à me regarder avec sa jolie petite tête hors de l'eau, immobile et enjôleur.

Donc voilà, sans vouloir me prendre pour Brigitte Bardot (quoique bien sûr je ne dirais pas non), j'ai succombé au charme d'un mammifère marin à sang chaud.

Et renouvelé mon attachement pour le Québec : une visite à Tadoussac et la magie opère comme aux premiers jours des festivals incessants. Et au passage un très chaude recommandation pour le musée des baleines, pour prolonger l'enchantement.

jeudi 17 septembre 2009

Boréalie


Pas besoin d'excuse pour aller au zoo boréal, c'est toujours un plaisir.
Évidemment, y accompagner des visiteurs dont c'est la première visite est encore plus agréable.
En automne quand le flux des touristes est un peu ralenti, on peut encore mieux parcourir les allées, rire de joie en observant les loutres, frémir à la vue des griffes des grizzly, adorer les pumas gracieux et admirer le carcajou.
Autour des macaques faire des bonds sur les ponts balançants, deux gestes d'escalade, quelques sauts ...
Le petit train des sentiers de la nature, qui serpente entre les bisons, les ours noirs, les chiens de prairie et autres caribous se vit comme un rêve éveillé.
L'odeur de la rivière blanche de remous, le nez dans le vent. Les cris outragés des petits suisses, ces écureuils rayés tellement territoriaux qu'une grande partie de leur temps se passe à poursuivre de leurs imprécations les impudents outrepasseurs.
Le soleil sur la peau, la douceur de l'été finissant indien déjà ...

dimanche 6 septembre 2009

premiers vols


En revenant du lac, il y a toujours cette traversée de Roberval qui est un peu pénible. Mais parfois, un petit quelque chose vient adoucir la route.
Dimanche soir, un peu avant la tombée de la nuit, un vol de canards sauvages. Ils étaient 12, marron tendre, le bec en avant, en formation en V, à traverser mon ciel. Vers quels champs accueillants, quel Sud moins glacé ?

Officiellement, l'automne est arrivé, et bientôt les plans d'eau vont se couvrir du duvet blanc des oies sauvages. Tous ces migrateurs bruyants vont envahir les champs pour se gaver d'herbes et de céréales. Souvent je vais regarder vers le haut au son de leurs encouragements camarades et m'envoler en pensée un instant avec eux.

Puis rester là tout une demi-année à attendre leur retour, confortablement blottie dans le confort hivernal du Nord. A guetter les premiers cris, à me souvenir des nuées blanches.

jeudi 27 août 2009

rencontre piquante

Un jour d'anniversaire, pas question de travailler (enfin ca tombe bien, c'est surtout le jour ou je n'ai pas de cours). Pas question non plus de rester à la maison (quoique j'en ai rêvé aussi).

Donc une visite à faire à Chicoutimi et hop, la route. Celle qui longe le fjord par le Sud, celle du Nord je connais, elle est magnifique mais là, je me sens plutôt l'âme à explorer. Au programme, la petite ville de la Baie. Mais en fin de compte, c'est juste des maisons et un gros complexe portuaire, et je n'ai pas tellement envie de creuser à la recherche de la pépite, plutôt d'aller voir la baie suivante, et les autres ...

Sur la carte, il y a cette Rivière Éternité qui joue les sirènes. J'en ai entendu de vagues échos irrésistibles, je me laisse tenter. Joli ruban de route solitaire, un lac à gauche, un lac à droite, un hydravion jaune, une statue de la vierge, la forêt de son vert profond partout, ça tourne dans tous les sens, ça monte, ça descend, puis le parc commence sur la gauche, après la petite cahutte.

Tout de suite la ¨montagne¨, falaises abruptes et nues, belle roche grise, qui surplombe la route. Un peu avant le fjord, le parking, un sentier. Le ciel me crache dessus et je l'ignore. Sous-bois aux douces odeurs de fougères mouvantes, un tapis de champignons, de l'eau en abondance, sous toutes ses formes (sauf les plus froides).

En quelques heures j'ai rejoint le fjord et ses odeurs iodées de l'océan encore lointain, la montagne côtière. Les girolles se sont jetées dans mes jambes mais les bleuets se font rares, quelques branches de thé du Labrador embaument l'air. Le vent souffle par bourrasques puissantes au sommet de la falaise et la pluie se moque : de vilaines gouttes entrecoupées de rayons de soleil frais.

Chaque instant est à la gloire de la nature sauvage à peine égratignée par d'étroits sentiers ancestraux. Et dans la lumière crépusculaire du retour, un porc-épic surpris s'éloigne de sa démarche maladroite à travers la végétation haute.

samedi 22 août 2009

damn, encore manqué !

Aujourd'hui a failli sonner le glas de ma fidèle Intrépide (oui oui, c'est le doux nom de ma tendre monture ... je veux dire de ma charrette).

De retour d'Alma, la ville au bord du lac de ce côté-ci des eaux (et certainement réputée pour le nombre et la lenteur de ses feux rouges, quoique je m'avance peut-être sur une telle allégation), de retour d'Alma donc, m'approchant de la maison, les naseaux flairant déjà presque l'avoine (enfin vous comprendrez l'image), quelle surprise, je vois le truck de mon voisin, la barque dépassant à l'arrière, arriver d'un autre côté.
Je sais, vous pensez aussi qu'il s'agit là d'une de ces incroyables coincidences dont le quotidien est truffé, sans parfois que l'on songe toujours à s'en émerveiller.

Bref, pour revenir à mon canasson, je m'apprête à le garer sur son emplacement habituel, mais ne voilà t-il pas que le voisin qui me précède d'une bonne dizaine de secondes s'y stationne. A ma stupéfaction, bien entendu, car cela n'est point dans ses habitudes. Grande seigneure, je décide de lui passer cette fantaisie et de me satisfaire de sa place habituelle à la place (je prends donc sa place à la place de ma place, logique).
Mais ne voilà t-il pas qu'à peine installés, je vois la barque reculer vers moi pour se réinstaller dans ses pénates de toujours. A peine le temps de remettre le char sur mode reculon pour éviter l'accouplement contre nature truck des bois - vieux char. Le tout s'est joué en moins d'une minute, comme une chorégraphie mal réglée évitant le drame par le plus grand des hasards.


Enfin, l'histoire se finit bien, avec un voisin plus que secoué d'avoir failli m'écrabouiller sans s'en rendre compte et votre héroine assez fière de ses réflexes. Dans un sens, je le comprends, vol de stationnement, passe encore, mais destruction physique de relations de bon voisinage, ça va chercher loin devant le juge, je présume.

Avec un peu de chance, le rachat de sa bonne conscience prendra peut-etre la forme d'une truite ... c'est que des émotions pareilles, ça creuse l'appétit !

vendredi 21 août 2009

recyclage jusqu'à la corde


En marge de l'économie marchande, loin des magasins et de la mode, il y a les échanges, il y a le don. Et ce sont des moments précieux que ceux ou une amie, une voisine, une collègue, décide que je serais la nouvelle propriétaire rêvée (bon, d'accord, je force peut-être un peu le trait) d'une partie délaissée de sa garde robe.

Je garde en mémoire un échange de vêtements dans un appartement d'Istanbul, avec l'essayage et le rires qui vont avec, et j'y repense avec un cœur souriant chaque fois que je porte l'un de ces vêtements. L'un de ses vêtements, devrais-je dire plutôt ... Et quand, étourdie, je cherche encore dans ma penderie ce joli pantalon rouge que j'aimais tant, c'est désormais quelqu'une d'autre que je revois dedans.

En France depuis longtemps je sais les amies qui font ma taille, ma pointure, j'ai donné bien des fois, et tant reçu aussi dans ce ballet magique de la chaîne des dons, ou le donneur d'un jour est le destinataire le lendemain, avec de nouveaux partenaires de bals, et d'autres qui reviennent le temps d'une danse puis repartent. La roue tourne et tourne encore.

Cette année au chalet, le trio des amies, l'une qui donne, les deux autres qui essaient devant la glace, qui négocient les articles les plus jolis. Il y a des fou-rires et la pluie qui tombe inaperçue au dehors. Les essayages se poursuivent longtemps, certains habits ont une histoire qu'il faut entendre, d'autres par association d'idée font remonter à la surface des anecdotes. Les heures passent dans la joie, comme avant, enfant dans le grenier plein de trésors.

Chacun de ces moments est suivi de rencontres ou l'on se voit dans l'autre, ou l'autre se voit en nous. C'est un jeu de miroir vivant et émouvant, et si l'habit ne fait pas le moine, parfois, pourtant, il crée la confusion, dans l'ultime jeu du déguisement.

Qui a dit que les objets n'ont pas d'âmes ? Il me semble, à moi, que non seulement certains objets possèdent leur âme propre, mais emmènent également un peu de ceux qui les possèdent.

jeudi 20 août 2009

le camp du kilomètre 50


Loin dans le bois, à 50 kilomètres de toute civilisation, un camp s'installe sur un bout de terrain sablonneux. Des caravanes, tentes, roulottes et autres cahuttes se pressent autour de la cabane de l'acheteur de bleuets sauvages. Il y a des chiens, des enfants, des vélos abandonnés et même un vendeur de hot dogs.

Tout est enfoui sous une épaisse couche de poussière déposée par les camions forestiers, mais on subit cela de bonne grâce : sans les camions pas de route, sans route pas de bleuets, sans bleuet pas d'argent. Aux premières lueurs du jour les ramasseurs de bleuets s'en vont vers leurs talles secrètes (une talle est un endroit plein de bleuets, une information que chacun garde précieusement pour soi). On part muni d'un peigne, sorte de patte d'ours filtrant les gros bleuets des petits et munie d'un petit réservoir pour les recueilir. Dans l'autre main on tient une sorte de gros panier en fibre de verre, et de temps à autre on va vider le panier dans un des cageots mis à disposition par l'acheteur.

C'est un travail rude pour le dos et les mains, mais agréable encore tant que le soleil ne se fait pas trop agressif. L'après-midi est difficilement soutenable. Mais pour beaucoup, le pire est encore la présence de tous les insectes, de la nuée de moucherons aux taons vrombissants en passant par toutes les sortes de bestioles ailées susceptibles d'aspirer le sang ou d'arracher un morceau de chair. Et aucune étoffe, aucune crème ne protège complètement. Mais à condition d'y mettre un peu de bonne volonté, on peut oublier la présence des insectes et profiter des odeurs de la prairie, des vagues infinies de vertes forêts qui se perdent à l'horizon, des oiseaux curieux qui viennent un moment nous tenir compagnie.

Puis la journée finie on rentre au camp, on fait peser les caisses de bleuets, la paie est maigre cette année et les prix sont trop bas. Jusque dans le bois la mondialisation fait sentir ses effets : la concurrence des bleuets d'Argentine a fait chuter les cours, et la crise a mis bien des travailleurs au chômage, ils n'ont pas le choix de venir tout de même gagner ce qu'ils peuvent ici.

Alors on fait avec ce que l'on a, tout le monde se baigne dans la petite rivière, au soleil, les enfants courent et les adultes rient. Il y a toujours le plaisir d'être ensemble, heureux loin des problèmes et de l'agitation du monde, du moins jusqu'au retour.

vendredi 14 août 2009

la piste vers nulle part


Le bois commence ou finit la civilisation, et par-delà le bois il n'y a rien, que la toundra nordique et finalement la mer gelée encore plus près du pôle.

Au-delà de Saint-Félicien, il y a encore La Doré, un village, puis 250 km plus loin sur la route, Chibougamau. La route ne va pas plus au Nord.

À La Doré, en prenant sur la gauche à l'église, la route se transforme en piste au bout de quelques centaines de mètres, une piste de sable et de gravier, poussiéreuse. Le voyageur dépasse les sablières, une unité de transformation électrique, vaste champs de pylones câblés, puis plus rien que la piste. De chaque côté, la forêt, parfois un lac derrière son rideau d'arbres, des collines, un camion qui soulève la poussière et aveugle un moment. De temps à autre une piste plus petite se détache vers un chalet, une pourvoirie ou une zone de coupe forestière.

La piste n'en finit plus, le temps ralentit et finit par disparaitre, les camions se succèdent. Plus d'objectif, plus d'autre souci que de rouler encore en surveillant les nuages de poussière annonciateurs des autres véhicules, la chaleur immobile, le présent infini.

mardi 11 août 2009

à la recherche des bleuets


Le bleuet dans la région du Lac Saint-Jean est plus qu'un fruit, c'est une richesse, une identité, presque un concept.
D'abord, rien à voir avec la myrtille européenne, quoi que puissent en dire tous les biologistes, évident puisque la myrtille, elle, n'est rien qu'un vulgaire fruit. Ici, le bleuet devient sauvage ou cultivé, son goût varie en finesse, en sucre, en acidité. À la réflexion, on ne pourrait le comparer qu'au vin !


De plus, chaque natif du lac naît bleuet, c'est un ensemble de valeurs, de mode de vie, c'est un accent, c'est une culture pour tout dire.
Et le bleuet n'est pas sectaire : un immigrant qui s'assimile devient lui aussi un bleuet.


Il faut dire que le bleuet est chargé d'histoire, une de ces histoires riches en drame humain, en héroïsme et en tragédie : le bleuet est l'or bleu né des ravages d'un terrible incendie en 1870. Sur les cendres désolées s'est mis à pousser en grandes quantités le bleuet, et ce miracle de la nature a offert une consolation à la région, en même temps que renommée et développement économique.

Alors chaque été des hordes de cueilleurs envahissent collines et forêts, paniers à la main - ou même matériel spécialisé - à la recherche du petit fruit savoureux, pour le consommer ou le revendre.

En espérant ne pas croiser l'ours sur ses terres ...

lundi 10 août 2009

petit lac, petit paradis


Le paradis sur terre est au Québec.
Plus précisément, dans le Saguenay, au bord du Petit Lac Saint Germains.

Un joli chalet au bord de l'eau, un écrin de verdure, les pelouses et les jardins autour des chalets, des arbres et la forêt partout ailleurs. Et le lac, plutôt grand, impassible sous la pluie et le vent, fidèle reflet toujours de ce qui se passe au-delà de ses eaux. Chaque maison dispose de sa petite annexe, garage ou autre, et bien sûr d'une remise à bateau, ou les embarcations passent la belle saison la coque au frais, et la saison froide suspendues entre les poutres par des poulies. Ces hangars sont des greniers à trésors pour qui aime s'aventurer sur l'eau, remplis de barques, planches à voile, bateaux à moteur, kayaks, pédalos, des armoires de gilets de sauvetage, et bien sûr l'indispensable frigo pour tenir bien au froid les nécessaires réserves de bières.


Dans le confort du chalet tout est prévu pour tenir un siège ou une période prolongée de pluie, des jeux de société aux étagères de livres, de dvds, et l'on passe des heures à regarder le ciel se vider, tranquillement à l'abri dans la tourelle panoramique, s'apercevant à peine des trombes d'eau qui viennent remplir le lac.

Au petit matin, des nappes de brouillard sont accrochées aux collines, et le lac est immobile, retenant la moindre esquisse de vague de venir troubler le parfait miroir.
Sur son banc de sable un hydravion jaune est échoué comme un albatros sur terre. Tout est figé, comme une image de livre d'aventurier du Nouveau Monde.


Sur la pelouse, lorsque le soleil est de sortie, une couleuvre rayée aux élégantes rayures jaunes sur le cou se prélasse enroulée sur elle-même. Un colibri brun fend les airs de son vrombissement si caractéristique.

Sortir tour à tour chaque esquif au grand dam des araignées au pied peu lacustre, éprouver son habileté avec diverses sortes de rames, manquer basculer dans l'eau, rire comme un écho dans le silence, revenir sale et fatigué et heureux pour un repas sans jamais quitter le lac des yeux.

Mais quoi, déjà il faut repartir ? J'aurais cru qu'ici le temps était immobile, et sans prévenir il a filé bien trop vite.

Mais certainement, il y aura d'autres lacs, d'autres rivières, d'autres fjords, d'autres fleuves, à découvrir en souriant.

samedi 8 août 2009

l'appel du chalet


Demain dès l'aube, à l'heure ou blanchit la campagne, je partirai.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Il y a le chalet qui m'attend.

Eh oui le chalet, le fameux chalet. Tout être humain qui se respecte se doit ici de passer un nombre sans doute règlementaire de fins de semaine au chalet.
Le chalet est un concept intéressant de résidence secondaire plus ou moins près de chez soi, plus ou moins confortable, plus ou moins grand. Bien entendu, par chez moi, un chalet n'est jamais à la montagne (puisqu'il n'y a pas de montagne), sauf à chercher les hauteurs des monts Valins.
Cela va de la cabane dotée d'une seule pièce au milieu de nulle part au luxueux 6 pièces avec sa plage privée et son ponton pour le yacht au bord du lac à 10 kilomètres de la ville.

On y va en famille, entre amis, tout seul quand les enfants sont grands et que le conjoint préfère rester à la maison. On y va pour ne rien faire, pour profiter de la nature, pour réunir un groupe de personnes ...

Et demain, direction donc le chalet du père de mon amie de Saint-Félicien. Il se trouve quelque part du côté de Sainte-Rose du Nord, un nom charmeur pour un village ravissant au bord du fjord, presque à mi chemin entre Jonquière et Tadoussac sur le Saint-Laurent.

Dire que j'attends ces deux journées avec impatience est une grave sous-estimation. Je bondis (presque) littéralement de joie par anticipation.

Oh ! On dirait que j'ai attrapé le virus du chalet ...

vendredi 7 août 2009

Une seule vie, tellement d'envies


Parfois, même le soleil incite à cuisiner.

En fait c'est simple, il fait beau, pas trop chaud, il arrête de pleuvoir, allez hop au bord de la rivière, retour sur mon gentil sentier. C'est qu'un élevage de girolles, ça se surveille tout de même. Je montre un peu plus de prévoyance cette fois-ci, un sac de toile, un petit couteau et plusieurs grandes boites. Par chance, j'arrive en premier sur les lieux : au moment de repartir le parking sera plein. Autant commencer par les framboises, qui ont survécu à la cueillette grâce à la pluie des derniers jours - eh oui, même le mauvais temps a ses avantages, en l'occurence il laisse mûrir les fruits tranquillement.


Une fois la boite à demi remplie (un bon kilo je pense) de fruits mûrs à souhait, je passe aux champignons, qui sont là ou je les avais laissés, attendant sagement mon retour. Je cherche un moment dans le sous-bois, mais je ne trouve pas d'autre endroit magique. Quelques spécimens isolés tout au plus, et la marque du couteau d'un concurrent - certainement un(e) autre français(e). Un joli petit cèpe également, mais impossible de l'identifier avec certitude, pas de chance.

Le ramassage des champignons effectué, un petit coup d'oeil sur les framboises m'informe qu'elles ne vont sans doute pas survivre jusqu'au réfrigérateur. N'écoutant que mon courage, je m'installe sur un rocher au bord de l'eau et les dévore jusqu'à la dernière. Il reste encore le chemin du retour pour reremplir la boite ...

Sur le sentier, qui s'est quasiment transformé en autoroute, je croise des familles de pêcheurs, de vieux couples amoureux, des cueilleurs de framboises qui par malchance passent après moi, et même un chercheur de bleuets assez dépité de ne rien trouver : la saison est un peu en retard.
Un couple rieur me montre fièrement une petite récolte de noisettes encore vertes qu'ils vont laisser mûrir dans la cuisine. Idée à suivre !

Mais tout cela m'a donné faim, et sous le regard du magnifique chaton du voisin qui a investi mon appartement, je prépare les framboises, pour moitié en vinaigre arômatisé, pour moitié en conserves à l'ancienne (merci Tante Marie et ses bonnes recettes). J'attaque ensuite le quatre quart promis pour le week-end de filles qui s'annonce. Alors seulement il est temps de préparer les pommes de terre sautées aux girolles : simple et délicieux !

Quand le voisin revient chercher son chat, il me remercie de l'avoir gardée par un pot de sauce tomate maison ... Je sens que l'on va bien s'entendre, de truite (délicieuse et tellement belle) en gateau en sauce tomate - voici ce que j'appelle des relations de bon voisinage.


Et la préparation du sirop pour les conserves m'a donné une forte envie d'essayer les recettes de bonbons et autres friandises de mon vieux grimoire.

mardi 4 août 2009

pas de concert sous la pluie

Le Festival des rythmes du monde à Chicoutimi, c'est dix jours de concerts gratuits, c'est la légendaire rue Racine - eh bien oui, le Saguenay avec son histoire d'ancien Royaume, si obscure soit-elle, peut bien avoir ses légendes il me semble, ou sinon, créons-les - et bien sûr le port sur le fjord.

La rue Racine, avec ses commerces sympathiques à l'européenne, bordée de quelques hauts immeubles, se transforme alors en salle de spectacle en plein air, une scène disposée à chacune de ses extrémités, le tournant en son milieu empêchant les sons de se télescoper. Entre les deux concerts une succession de stands de produits du monde, un peu alternatifs comme souvent, les inévitables buvettes, et un joyeux brouhaha de tous les âges.

Sur la promenade du port, d'autres stands forment un petit village, les jeux d'eau attirent les rires des enfants, la petite ferme reçoit son lot de visites émerveillées, et le fjord surveille toutes ces activités, impassible, sans jamais s'arrêter en cette saison. Le trampoline géant attend le chaland, une jeune fille y travaille, qui est revenue d'Afrique il y a quelques mois à peine.
Tout à côté cette jolie femme africaine était à Ouagadougou également lors du Fespaco, le festival de cinéma de l'Ouest africain. Des retrouvailles, l'émotion à demi mots de se revoir, ici, là-bas.

Le monde est à la fois si grand pour une seule vie et si petit quand on parvient à y retrouver quelqu'un qui vient de loin !

Et le concert ce soir devrait avoir lieu au port, malgré la pluie, malgré le tonnerre et les éclairs illuminant comme en plein jour, l'espace de quelques instants, les visages et les parapluies. Devant la scène peuplée de pupitres abandonnés et de chaises vacantes, le public, assis obstinément sur les sièges en plastiques, absorbant les gouttes l'une après l'autre, attendant les premières notes. Il y a foule. Pour une musique d'orchestre, celle du Cirque du Soleil. Qui dira que le public est mort, après cela, que les gens ne savent plus vivre que devant leur poste de télévision ? Ici en cet instant, la preuve qu'en dehors de toute relation d'argent, en dehors de tout confort, la culture a sa place.

Mais le plus drôle c'est, en s'informant, d'apprendre qu'en raison de l'orage les instruments ou le système de son ne pouvait pas fonctionner. Fou rire donc en se demandant ce que tous ces gens attendaient sous la pluie, car l'orage semblait parti pour durer, et de fait il a résonné toute la nuit, innondant les rues et les ruisseaux ...

Peut-être qu'être ensemble, sous la pluie battante, une buvette ouverte non loin, est un concept de festivité encore mal exploré, après tout !

lundi 3 août 2009

les surfeurs de canapé sont de retour

Tous les ans vers la même période le Québec connait une petite invasion d'humains un peu spéciaux, qui voyagent en sautant d'un canapé à un autre (ou presque). Ce sont les ¨couch surfers¨, qui viennent pour une ou deux nuit dormir chez vous. Enfin chez moi.
J'en ai reçu quatre en 2008, et 2009 promet également d'être une belle année. Disons que le retour sur investissement est très avantageux, à mon avis. En effet, je ne crois pas que cela use beaucoup mon affreux canapé à roulettes brun jaunâtre très confortable, et en contrepartie je rencontre des voyageurs avec leur lot d'histoires et d'expériences, qui me font passer une soirée hors norme assez agréable (une exception unique au passif de mes comptes), voire plus si affinités.

Mais noooon je ne parle pas de sexe. Voyons ! Mais je garde en mémoire avec un grand sourire l'expédition camping au parc de la Pointe Taillon avec deux surfeur / surfeuse, les cris d'effroi (oh ça va, ça peut arriver à tout le monde de confondre un castor avec un boa constrictor, de nuit) et les éclats de rire, les bons repas au feu de bois ...

Et cette année un parcours d'arbre en arbre au bord du fjord, dans le magnifique parc de Cap Jaseux. Bien sûr nous avons opté pour le parcours extrême, le parcours familial paraissant trop ... facile peut-être ?
Monumentale erreur, car le parcours extrême est véritablement extrême, il faut sauter dans les airs, courir sur des troncs tournants, survivre à de nombreux pièges ... rien de facile mais de nombreuses occasions de hurler, rire, et même ronchonner sur l'esprit tordu des concepteurs de certains jeux particulièrement vicieux. Un vrai bonheur.


- je dois ici insérer un correctif à la demande du syndicat représentant l'ensemble des muscles de mon corps, qui tient à exprimer sa plus vive protestation quant à un possible caractère ludique de cette expérience, ainsi que sa désapprobation totale par rapport à l'existence de tels loisirs, et réclame l'intervention du gouvernement pour la disparition de toute violence physique exercée à l'encontre de tout muscle non consentant -

Et tout ceci, sur une idée de surfeuse de canapé.

Inutile de préciser que j'attends le prochain avec une certaine impatience !

vendredi 31 juillet 2009

le serpent et les girolles

Ah le Québec !
Comment ne pas l'aimer quand on découvre encore un magnifique secteur de randonnée à quelques minutes de chez soi ? Que la première section de ce sentier du Saguenay est littéralement jalonné de framboises sauvages, parsemé de fraises des bois ça et là ...
Que juste après ce sous-bois enchanteur un petit chemin descend sur une plage de sable blanc déserte ...
Qu'un petit serpent gris et vert ondule doucement au bord du sentier, sans crainte ... Que dans le bois, sur la mousse, comme placés là pour mettre une jolie tache de couleur dans ce ravissant tableau, les girolles grandissent en famille ...

Bon, d'accord, je m'emballe facilement, peut-être. A ma décharge je précise que je n'avais jamais vu de serpent au Québec depuis mon arrivée. Ça me manquait un peu, il faut croire. Donc après quelques recherches, je peux vous présenter ma nouvelle amie : la couleuvre rayée. Si elle ne vivait pas si loin (on parle en terme de couleuvre), je l'adopterais bien pour remplacer Martin (les fourmis sont trop lunatiques).

Quant aux girolles, voici enfin une légitimation à portériori de toute cette pluie. Eh oui, les champignons (comme les bleuets d'ailleurs) adorent l'alternance de pluies abondantes et de chaleur. Et ces petites-là, toutes oranges et mignonettes, sur leur lit de verdure, elles ne devaient pas être bien vieilles, fermes et pâles. L'une d'entre elles portait la trace des dents d'un petit animal. J'ai eu pitié des plus petites et des plus vieilles (on n'est jamais assez prévoyant et je compte bien garder ce coin à champignons, aussi je veille soigneusement à sa continuation : machiavélique !), et j'ai spontanément adopté tous les adultes de belle allure.

Je ne sais pas vous, mais moi je regrette toujours lors de mes sorties de ne pas m'être munie d'un petit sac. Aujourd'hui n'a pas fait exception, et j'ai dû, pauvre de moi, improviser un petit panier de feuilles et de fougères pour transporter mon butin. Ce qui est assez affreux, quand l'on considère que cela ne me laissait plus qu'une seule main libre pour cueillir les framboises trop audacieuses bordant le chemin.

Et la journée s'est donc terminée par un petit banquet individuel, sauté de chanterelles persillées à l'ail et filet d'aiglefin grillé.

... je me demande combien de temps vont mettre les rescapés à atteindre l'âge de cueillette ... Si la chaleur se maintient, je vais bien devoir aller vérifier ça dans 2 ou 3 jours ...

Ah, le Québec !

mercredi 29 juillet 2009

canicule et bon voisinage

Eh oui, même au Québec, même au Nord de la jolie ville de Québec, les périodes de chaleur sont possibles. Mais ici, c'est sans doute une des seules zones au monde ou l'on doit préciser 30 degrés celsius au dessus de zéro. Quoique, tout de même, en juillet, fort heureusement les risques de 30 degrés en dessous de zéro paraissent assez réduits. Mais il faut toujours se méfier ...

Chaud bien sûr, mais également terriblement humide (voir mes messages du week-end), et donc un peu moite; seul le vent permet encore de respirer. Le temps idéal, finalement, pour développer ses relations de bon voisinage. Chacun sort sur la galerie, s'installe sur sa chaise à bascule et regarde passer la journée, qui avec une bière, qui avec un thé, qui en fumant silencieusement.

Je dois préciser, contrairement à ce que les apparences pourraient suggérer, que je ne vis pas dans un quartier de chômeurs ni de retraités. Quoique les retraités existent bien au Québec, ils sont généralement soit dans une maison individuelle soit dans leur chalet, ce qui méritera ultérieurement des explications, le chalet étant ici une pratique presque religieuse très répandue. Quant aux chômeurs, selon les plus jeunes générations, ils s'agit d'êtres mythologiques disparus depuis au moins la grande crise de 1929, dont on parle encore parfois dans les veillées pour faire peur aux enfants qui ne veulent pas aller à l'école.

En réalité, le phénomène qui emplit le quartier - mais aussi la ville comme tout le reste du Québec - de travailleurs au repos, ce phénomène se nomme congés de la construction.
C'est qu'ici certaines choses se font de manière simultanée pour l'ensemble de la population de la province. Par exemple, le déménagement. Pas besoin de mettre de pluriel, les déménagements, non. Tout le monde déménage le 1er juillet au Québec. Ça tombe bien, d'ailleurs, c'est un jour férié. Bien sûr, certaines personnes ne déménagent pas du tout - tous les ans, ce serait un peu fatiguant à la longue, pensons aux familles et aux personnes âgées - mais tous ceux qui déménagent n'ont pas le choix de la date.

Pour les vacances, c'est la même chose, la grande majorité de la population part en vacances pendant les semaines de la construction, au nombre de deux généralement. Pas la peine de trop chercher un petit commerce ouvert durant cette période. Tout est au ralenti.

Moi, ça me fait un peu penser aux grandes migrations animales sur les chaines de télévision spécialisées : la longue marche des caribous, le suicide des lemmings ou encore la remontée des saumons ...

Et les chaises basculent, basculent, basculent encore.

lundi 27 juillet 2009

un long fleuve tranquille

Les jours de vacances passent comme coule une rivière ombragée entre les champs. Pas de grande vague, pas de cascade, pas même de barrage. Une gentille routine, de petites réalisations, pas de quoi tailler un canyon dans la roche.
Pourtant j'ai en tête un ruisseau qui ressemble au paradis, qui fait vivre toute une vallée et sait me faire franchir des kilomètres juste pour pouvoir passer la main dans son eau claire.

Mes jours de vacances sont comme cela, et je sais qu'il y a la une de ces étoffes dont on fait le bonheur, qui saura illuminer les périodes de tourmente et lui donner une teinte particulière quand cette époque de ma vie sera de l'histoire ancienne, lorsque je déménagerai peut-être pour la plus grande maison que je veux acheter, lorsque je serai ici depuis tellement longtemps que j'aurai presque oublié ces premiers jours de découverte incertaine.

Comme un enfant j'apprends la structure de ce qui m'environne, de quelle manière tombe la pluie, comment souffle le vent et à quelle heure surviennent les orages. Quelles plantes poussent dans les champs laissés sauvages sur ma promenade, quelles odeurs se dégagent des fleurs et bien entendu ce qui s'y mange - j'ai toujours eu un faible pour les compléments de repas sauvages pris dans les bois, les plaines ou les montagnes.

Petit à petit j'apprends ou trouver ce dont j'ai besoin. C'est une de ces choses que l'on ne peut savoir avant de l'avoir vécue. Chaque société organise son espace et les modes de satisfaction des besoins selon une manière construite qui lui est propre. Aller vivre dans une ville voisine implique seulement un repérage géographique. Émigrer vers un pays limitrophe est déjà un peu plus exigeant, certains produits sont distribués différemment.

Changer de continent ... et de culture ... c'est parfois une énigme au quotidien, difficile à imaginer. Plus d'une année et il me reste bien des choses à apprendre. Changer de ville et bien des bases sont déjà à reconstruire. Je me souviens, fraîchement débarquée de l'avion, de mon effarement en réalisant que les pharmacies et les bureaux de poste se trouvent habituellement au fond de certains types d'épiceries.

En un sens, il est plus aisé de fonctionner dans une société disposant encore de petites boutiques et d'échoppes d'artisans : cela fait partie de l'inconscient collectif occidental je suppose, de savoir ce qu'est un boucher, un boulanger et un cordonnier.

C'est pour cela que vivre ailleurs est véritablement une aventure au quotidien, aussi longtemps que l'on sait regarder et apprendre. Peut-être que vivre, tout simplement, est la véritable aventure, pour peu que l'on garde l'esprit ouvert.

dimanche 26 juillet 2009

Acide formique dominical

Parfois, à certaines époques de ma vie, je déteste les dimanches. Bien évidemment, c'est surtout lorsque je ne dois pas me rendre le lundi à un travail que je n'aime pas. Surtout aussi lorsqu'il pleut, que je suis célibataire et que trop de sorties m'ont privée de toute énergie.

On dirait qu'aujourd'hui est un exemple parfait. Un de ces jours ou le monde semble vide, dépourvu de vie. Un de ces jours ou même internet semble avancer au ralenti, sans message, sans relief. Bien entendu les vacances n'arrangent rien et c'est à peine s'il passe une ou deux voitures par heure dans la rue.

C'est en prévision de journées pareilles que je prévois quelques produits de première nécessité : une table à bonbons bien remplie - bonbons étant un terme générique incluant évidemment le chocolat, au lait et éclats de noisettes de préférence - deux ou trois livres en cas d'envie de grasse matinée - ou journée - sous la couette avec un chocolat chaud, quelques films romantiques pour me permettre de me lamenter sur l'absence d'un amoureux d'autant plus parfait qu'il est absent, ou sur l'absence d'enfants dont il est facile de ne pas imaginer qu'ils me priveraient cruellement de sommeil et de silence ...

Normalement le kit de secours inclut également un chat, pour la capacité de cet animal à exiger un minimum d'action, pour la douceur de sa fourrure et pour sa tendance à réorganiser l'espace à sa convenance - par exemple, transformer un lit king size en plusieurs espaces de sommeil
discontinus pour un humain .
Ces jours-ci le projet chat est bien au chaud dans les tiroirs, tout prêt à être sorti en cas de grande urgence - par exemple un dimanche enneigé de juillet, ou encore une semaine à deux dimanches.

Ce dimanche, quoi qu'il en soit, je dois une fois de plus me contenter d'une fourmi.
Et quelle fourmi ! Martin a l'air de fort mauvaise humeur et me fait bien sentir qu'il est très inconsidéré de ma part de laver la vaisselle et le plan de travail, espaces que , de toute évidence, il considère désormais comme son territoire privé.
Je sais bien qu'il prend un peu trop de liberté avec notre cohabitation, mais un dimanche pareil, je n'ai certainement par le courage d'initier la mise aux point et l'inévitable dispute qui s'ensuivrait. Je réclame au moins la paix dans mon foyer.

La pluie redouble de vigueur, vient frapper les carreaux, tandis que le vent hurle dans les arbres autour de la maison. On dirait que les éléments tiennent absolument à m'assurer de leur sympathie et de leur volonté de collaborer pleinement. Car enfin, c'est évident que j'aurais bien mauvaise grâce à ainsi critiquer le jour du seigneur sous un soleil ardent dans un ciel d'azur. Qu'on me préserve d'une pareille calamité !

Comme pour souligner la justesse de mes propos, le tonnerre se fait entendre, et les éclairs viennent lacérer la nuit.

J'aime quand le monde est ainsi un modèle d'harmonie et d'équilibre.

samedi 25 juillet 2009

intoxication culturelle


Le lac ! Tout vient du lac !

Suivre sa rive de Saint-Gédéon à Saint-Prime, s'arrêter, repartir sur mes pas, Roberval. Pour la deuxième année, retourner aux concerts qui entourent la grande traversée à la nage. Toutes les générations sont là, au bord de l'eau.

Au matin les nageurs couverts de graisse protectrice quittent Péribonka et ses eaux froides. En moins de sept heures le meilleur d'entre eux aborde l'autre côté. Trente deux kilomètres de gloire. Entre temps, le bateau sort de la marina, un peu endormi encore, et les jumelles scrutent l'horizon pour repérer le rassemblement qui accompagne les sportifs. Ils affrontent le froid, les vagues et le vent, pour la beauté de l'art. Nous sommes nombreux à les admirer, à les encourager, dans un futile effort en comparaison de la force physique et mentale à mobiliser dans la course.

La houle est si forte que certains sont malades, la ¨mer¨ nous brasse sans relâche, puis les nuages s'ouvrent, le vent tourne puis faiblit, le soleil vient caresser les eaux. Spectacle merveilleux en tous temps que ce lac.

Et revenir, cheveux au vent, dans une bouffée d'exaltation, ivre de vitesse et de grand air, vers le port ou aura lieu le sprint final. Éclats de rire de grand bonheur.

Des heures plus tard, je tangue encore.
Et je peux dire fièrement ce soir, en jouant sur les mots, que ¨je viens du Lac¨.
Le Québec a cet effet parfois, de savoir se faire aimer sans condition.

vendredi 24 juillet 2009

le lac, presque une mer intérieure ...


Un court message avant de partir à bride rabattue (sur ma charrette bien entendu) vers Roberval, immensément connue capitale mondiale de la nage en eaux libres - ou pour faire plus simple, le départ de la traversée du lac Saint-Jean à la nage.

Non non et non, hors de question de m'y risquer, à moins qu'une personne malintentionnée me pousse à l'eau, auquel cas je serais bien obligée. En fait, je vais rejoindre mes amis et leur joli bateau blanc (l'Atlantique) pour dormir sur les flots et encourager les nageurs en sirotant une bière. Davantage mon style de programme. Et un concert ce soir, de qui de quoi, aucune idée, mais qu'importe.

Donc les autres nouvelles cruciales de la journée, ma haine des gazons et le baptême de ma fourmi (désormais Martin), vont attendre mon retour, certainement victorieux, possiblement humide, de ces nouvelles aventures lacustres.

Bien sur, le temps est redevenu très maussade et devrait tourner à la catastrophe demain, normal pour une sortie en bateau qui pourrait être fabuleuse lol.

jeudi 23 juillet 2009

sur un air de tango


Une journée presque parfaite, ciel pur, températures estivales, niveau d'énergie élevé ... Si ce n'était encore un fond d'inquiétude enfoui sous une vaste hyperactivité ... Un bonheur presque parfait donc. Largement bon à prendre ainsi.

Des sauterelles qui bondissent sur la route, des buissons chargés de fruits, des herbes hautes emplies de fleurs odorantes, l'été comme dans les meilleurs souvenirs d'enfance. Le soleil qui chauffe les épaules.

Une table de cuisine ensevelie sous les légumes, la valse des conserves et des potages, des cuissons et des congélations. L'évier qui s'emplit et déborde, les placards qui s'ouvrent et se referment. Une flaque d'eau par terre, l'odeur du bâton de cannelle qui cuit avec les betteraves, la fourmi qui ne pointe que timidement ses antennes dans tout ce remue-ménage.

Pour gagner ses titres d'hyperactive, la journée compte aussi son lot de courses, de ménage, de rangement, d'installation de logiciels et de configuration à internet, le tout entremêlé autant que possible.

Il semblerait que toute mauvaise humeur, tout mauvais esprit, se soit évanoui avec les dernières traces d'humidité. Et quand Césaria Evora se met à chanter du fond de l'ordinateur, le monde est aussi juste et droit qu'il peut l'être.

La vie au Québec ... un jour comme celui-ci, comment s'étonner que les premiers colons se soient laissés prendre au piège des douceurs du pays, négligeant les préparatifs pour un hiver alors si hypothétique et lointain ?

mercredi 22 juillet 2009

la course effrénée de la marmotte


Hum, journée riche en émotions. Passons sur le trop personnel pour se concentrer sur les marmottes. Les marmottes sont des animaux, il me semble, fort peu polis. J'en prends pour exemple celle-ci, déjà se trompant d'histoire et se prenant pour le lapin blanc d'Alice, qui déboule presque dans mes jambes. A vrai dire, elle suivait le caniveau le long de la piste cyclable, non seulement à vive allure, mais qui plus est à contre-sens. Et bien sur, lorsque je l'ai saluée, elle n'a ni répondu ni même daigné s'arrêter. Les marmottes québécoises manquent assurément de savoir-vivre.

Ceci dit, je râle, je râle, tout de même, elle est bien belle ici la nature !
Bien entendu, c'est mon estomac qui parle, puisqu'en écoutant en mp3 les aventures d'une molaire de mastodonte (attention ne pas confondre avec pachyderme) je suis tombée sur un champ de framboises sauvages. Je me suis aisément laissée corrompre par les délicieux petits fruits, ce qui m'a inspiré la quête de l'après-midi. En effet, au volant de ma légendaire charrette, l'intrépide Chrysler, j'ai parcouru le rang saint André - en fait rang signifie route perdue en québécois - à la recherche d'une ferme. La première ferme rencontrée avait barré son chemin d'accès, aussi ai-je poursuivi ma route jusqu'à la suivante. Et là, bonheur, des kilos et des kilos de légumes à faire se pâmer n'importe quelle Tante Marie. Je suis donc rentrée aujourd'hui à l'appartement les bras chargés de radis, carottes, brocolis, fraises, betteraves, choux, navets, et j'en passe.

Quelle meilleure occasion donc de déposer tout cela sur le plan de travail et de ... me remettre à la peinture. Oui, bon ça va, les conserves et les congelés, ça attendra bien demain, pour l'heure, mon surplus d'énergie demande un peu d'efforts physiques. Et puis j'avoue que les chauffages noirs du salon et l'armoire rose de l'entrée ne sont pas exactement à mon goût. Ou plutôt, parlons au passé, n'étaient pas à mon goût, le blanc purificateur a fait son œuvre, hé hé.

Et pour rendre un peu d'harmonie à cette journée éprouvante, quoi de mieux qu'une petite sortie en terrasse en délicieuse compagnie - non, je ne parle pas de ma fourmi, jamais je n'oserais m'afficher avec elle, que diraient les gens ? - il s'agit davantage d'un des premiers choix dans l'espèce humaine. Qui a ses bons cotés, f'espèce humaine, force est de le reconnaître. Et demain sera un autre jour.

(d'autant plus que le crakinoski est enfin terminé :) ah oui, j'avais oublié de préciser dans mon compte-rendu de courses : la rhubarbe bien entendu, quoique, et si plutôt je la mettais au congélateur cette fois-ci ?)

mardi 21 juillet 2009

Traces de civilisation en contrées sauvages

Ouiii le vent se lève, le ciel chargé de nuages moutonneux se teinte de roses et de violets, encore une magnifique journée sous le soleil d'Amérique. Puisqu'il ne pleuvait pas, je suis allée contempler les eaux de la rivière aux sables, un ruban de verdure au coeur de la ville. Ok, je sais, ça fait cliché, et pourtant, j'ai senti l'odeur de la mouffette (mais oui, un effort, la petite Fleur dans Bambi, si jolie à voir, si affreuse à sentir), j'ai vu les marmottes sur la pelouse, tranquillement affalées, le corps à l'ombre dans leur terrier, la tête sortie, curieuses.

Ah oui, je sais, les marmottes, en Europe, ça vit en montagne, et ici, le sommet régional culminant presque à 1 000 mètres, on peut parler de vaste plaine, d'accord, merci de me le rappeler, enfin, tout ça pour dire que les rigueurs du climat venant à compenser la faible altitude, on trouve sous mes latitudes le même type de faune et de flore qu'en moyenne montagne : les marmottes, les conifères, les myrtilles (on dit bleuet, merci), les truites ...

En parlant de truite, mon congélateur est maintenant l'heureux hôte de deux jolis spécimens de cette espèce, comme par miracle ! En fait le miracle c'est plutôt mon beau voisin pêcheur, qui ne goûte guère le fruit de sa passion (mais non, le poisson, pas le fruit, mais admettez, fruit de poisson, ce n'est pas très appétissant tout de même). Et deuxième effet kiss cool du miracle, j'ai maintenant une victime toute désignée pour mes excédents culinaires - et non, pour les curieux, je ne suis pas encore venue à bout de ce satané kasparov à la rhubarbe.

Aujourd'hui est également un grand jour à noter dans les annales de la société des explorateurs et exploratrices des vastes territoires nordiques. Au moins. En effet, j'ai rassemblé toute mon audace et mon courage, armée seulement d'une couverture et d'un manuel d'économie, et je suis descendue de mon appartement jusque dans le jardin (oui oui, cela signifie justement que j'ai affronté l'escalier maudit) pour tester la solidité et le confort de la balancelle sous mes fenêtres.

Je sais, je prends des risques insensés à vivre ainsi à l'aventure dans des territoires sauvages, mais je sens que c'est mon destin. Et c'est un peu pour ça aussi que je tiens ce journal. Afin que le monde connaisse ma triste fin si jamais je venais à périr sous la dent de féroces cannibales... Ou d'insolation ...

lundi 20 juillet 2009

le dieu soleil


Et voici une héroïque journée qui s'achève ! Et oui, pas une goutte de pluie du lever au coucher du soleil, incroyable mais vrai. Pour fêter ça je me suis empressée, sitôt le petit déjeuner avalé - ah oui, à ce sujet, c'est très agréable de cuisiner, mais je n'en finis plus de manger ce krazuki à la rhubarbe, il va vraiment falloir que je sympathise davantage avec mes voisins pour leur refiler une juste part de mes créations - bon, je reprends, une fois remplie de kraspov à la rhubarbe, j'ai traîné sur la galerie la chaise berçante pour profiter du soleil.

Oh, mais si, vous avez bien vu un film ou un vieux noir se balance devant sa maison, non ? Voila, je le savais bien. Donc bien sur, en tant qu'immigrante (on ne dit pas envahisseur, ça fait prétentieux parait-il), je fais les efforts nécessaires pour m'intégrer. En Amérique, fais comme les Américains, disait César (ou quelqu'un d'autre dans le même genre), et il ne faut pas trop de talent d'observation pour se rendre compte que la base de tout est d'avoir un appartement, si possible en haut d'un escalier vicieux - dans le style ¨et si on profitait de la courbe pour escamoter presque complètement la marche ?¨ - avec une petite galerie couverte - mais pas trop, pour avoir quand même de quoi pelleter deux trois tonnes de neige en hiver, histoire de ¨rester en santé¨. Deuxième condition également très importante, disposer sur la susdite galerie une ou plusieurs chaises à bascule, ou banc berçant, ou siège hamac (plus en vogue quand même dans le Sud il semblerait) ou tout autre objet bizarre pouvant se rapprocher du concept de s'asseoir dehors en bougeant sans effort.
A l'ombre, ça va de soi, puisque la galerie protège très bien du soleil.

C'est pour ça que si je veux en profiter un peu, il vaut mieux sortir tôt quand le soleil est encore rasant. Bien sur à cette heure là on se rapproche vaillamment de 15 degrés (celsius, quand même, on n'est pas au pôle Nord non plus), mais bon, c'est jour de fête ou ça ne l'est pas.

A vrai dire, j'aurais bien fêté ce soleil triomphant par un petit jogging matinal, mais l'escalier fourbe dont je parlais plus tôt s'est chargé de mettre ma cheville hors d'état de courir. Soupir.

Alors dans un grand élan optimiste, aujourd'hui j'ai cuisiné de l'aiglefin à la mexicaine - ah oui, une petite infidélité à Tante Marie, et au passage un hommage à mon ancien colocataire - rafraîchissant au possible et délicieux.

Si avec tout cela le soleil ne revient pas demain ... on verra bien !

dimanche 19 juillet 2009

Jonquière la verte


Le quizz du jour : à votre avis, il fait quel temps, là, chez moi ? Gagné il pleut !
L'avantage c'est que la météo québécoise ne prend pas les gens en traître, elle varie peu ... vous vous rappelez toutes ces belles images de foret verte à perte de vue, de beaux lacs et rivières ? Maintenant, au moins, on sait pourquoi c'est tellement vert ici, et d'où vient l'eau aussi.
Bon, toute chose a un aspect positif, la météo justifie ma sieste.

Ce matin, je suis quand même partie à la recherche du mythique parc Price (du nom de ma rue, donc forcément mythique). On m'avait dit, suis la rue jusqu'aux deux lions. Bon, je vous rappelle qu'on est en Amérique, les lions d'Amérique, je n'en ai jamais entendu parler, mais pourquoi pas, je ne vais pas y mettre de la mauvaise volonté non plus. Donc je marche - chose bizarre en soi au Canada, je veux dire, bien sur on peut marcher dans un parc ou en pleine nature, mais là, comme ça, en ville ? ils sont fous ces français, comme si les trottoirs étaient faits pour marcher, on le saurait, je vous jure - et après plusieurs croisements la rue est barrée, le bitume arraché.
Les lions sont assis bien sagement sur leur socle de pierre et le portail me menace de poursuite si je franchis la ligne imaginaire d'entrée dans le parc, il y aurait même des caméras pour surveiller ça, damn ! Poursuivie par un portail sous le regard impassible de deux lions, je vois tout de suite les titres de journaux, ridicule et effrayant. De retour à la maison, le journal local m'apprend que le parc sera fermé jusque fin septembre, bravo, tout ça pour mettre en valeur la pierre tombale de Sir William Price et veiller à ce que les ponts ne s'effondrent pas (oui, c'est une spécialité québécoise il parait). Bon, je suppose que je vais devoir me contenter du parc de la rivière aux sables, d'accord.

Du coup je suis revenue à ma fameuse stratégie dite du week-end pluvieux : on ouvre le frigo et sauve les légumes d'une lente décrépitude annoncée, on ouvre le livre de Tante Marie, etc ... Aujourd'hui, les navets au sucre, un dé-lice ! Jamais mangé un sucré-salé (sans la partie salé) aussi succulent, impossible de me décider pour savoir cependant à quelle partie du repas ça doit être servi, dans le doute, je m'en suis fait un plat unique, quel régal.

Du coup je me suis endormie sur le canapé en attendant que la pluie recommence à tomber, et bien sur ça n'a pas trop tardé. Juste au moment ou je revenais des courses - parce que mon frigo commence à se vider avec toute cette pluie, à la fin - et non je n'avais pas de parapluie, je ne vais pas provoquer le ciel non plus, il ne faudrait pas exagérer.

Et puis la grande question métaphysique du jour : comment s'assurer de l'intégrité physique de son animal familier quand il s'agit d'une fourmi ? J'avoue, j'ai peur de l'écraser ou de la noyer avec la vaisselle. Je ferais peut-etre mieux de ne pas trop m'attacher, en fait.

samedi 18 juillet 2009

Ground zero : pluie et environnement inconnu

Que fait-on un samedi au Quebec quand on est en vacances, célibataire, fauchée et qu'il pleut ?
Le ménage ? Pas pour moi, en plus je viens d'emménager dans ce nouvel appartement, j'ai déjà passé bien assez de temps à repeindre, nettoyer, ranger, décorer et j'en passe.
Des câlins ? Hum, celui avec qui je voudrais bien est, comment dire, visiblement ailleurs ou pas au courant de mon intérêt.
Restent, au choix et dans le désordre, écouter la radio, faire un puzzle, commencer à préparer mes cours de l'automne, regarder un film ou des épisodes de la série du moment (Heroes), trainer sur internet, chercher une raison valable d'affronter la pluie ...

Ou bien aller dans la cuisine, faire le bilan des produits frais à utiliser de toute urgence avant d'etre obligée de les jeter, contempler la rhubarbe avec remords, regarder par la fenetre, la pluie, revenir à la rhubarbe, commencer à se décider.
Retourner dans le salon, ouvrir l'étagère en coin, sortir le livre de recettes, le ramener dans la cuisine, chercher rhubarbe dans le lexique, trouver deux recettes, écarter celle de la tarte, celle de ma grand-mère est certainement meilleure de toute façon.

S'arrêter sur le crakinoski à la rhubarbe, éclater de rire en prononçant ce nom. Lire la recette, ne pas s'attarder sur les mots que je ne comprends pas ou qui n'ont pas de sens. Je m'explique : le livre de la véritable cuisine de famille de Tante Marie est ... un peu ancien, les pages ne tiennent plus ensemble, le vocabulaire est un peu daté ... et je l'adore.

Cet ouvrage est un remède miracle contre la morosité, d'abord il donne faim, ensuite il a toujours ce coté décalé qui sait me faire rire ou sourire, de petits conseils désuets pour la bonne maitresse de maison en recommandation pour la jeune fille à marier.
D'ailleurs, j'ai bien du mal à me situer dans ce monde disparu, étant par la force des choses et l'une et l'autre. Ou aucune.

Bon, malgré son nom désopilant, le crakinoski n'a visiblement rien de sorcier, ne réclame même pas de monter des œufs en neige. Bien sur je suis perplexe devant les épices qu'on recommande d'ajouter. Comme ça, sans préciser. Dans le doute, je préfère m'abstenir, on verra la prochaine fois.
Ah, et puis le jus de citron, avec de la rhubarbe, on va éviter la suracidité.

Oui, oui, je sais bien, mais que voulez vous, suivre une recette de cuisine à la lettre, ce n'est pas pour moi. Je dois avoir trop d'imagination pour obéir. Ou bien c'est encore mon ascendance bretonne qui joue, trop tétue pour pouvoir imaginer avoir tort. Bref, je vais encore faire la recette à ma manière.

Check list des ingrédients, tout va bien, il ne me manque que des oeufs (d'habitude c'est pire), je le disais : cette recette est faite pour moi !
Donc petit tour à l'épicerie - c'est le mot québécois pour dire supermarché - et hop je reviens avec le sac de courses dans les bras, toujours sous la pluie.
Le plus long c'est seulement de préparer la rhubarbe, tous ces fils à enlever ça n'en finit pas, mais bon, c'est pour la bonne cause (enfin j'espère).

Au passage, elle doit etre bonne la rhubarbe, parce que ma fourmi a l'air de grignoter un morceau de tige avec application. Oui, je sais, mais pas de panique cette fourmi là est seule, ce n'est pas une invasion.
Elle est assez grande et je pense qu'elle devait être dans une plante ou une caisse et que je l'ai ramenée lors du déménagement.
Moi bien sur je préférerais avoir un chat mais bon, c'est une autre histoire et un malheureux concours de circonstance, donc me voila avec une fourmi.
En meme temps elle est toute seule, alors j'ai un peu pitié aussi, donc je lui ai coupé un morceau de rhubarbe, je ne voudrais pas qu'elle meure de faim.
Mais non, je ne lui ai pas donné de nom, on verra ça plus tard. Peut-être.

Enfin, avec tout ça, après avoir léché le plat et tout et tout, eh bien, le verdict, c'est que mon Krasnoiarsk, non seulement il est joliment caramélisé sur les cotés et moelleux en dedans, mais en plus il est délicieux. Sans appel.

Alors voila, comme c'est samedi, qu'il pleut et que je ne sais pas quoi faire d'autre, eh bien je commence ce blog par mon détournement irrespectueux des recettes de Tante Marie.

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