vendredi 31 juillet 2009

le serpent et les girolles

Ah le Québec !
Comment ne pas l'aimer quand on découvre encore un magnifique secteur de randonnée à quelques minutes de chez soi ? Que la première section de ce sentier du Saguenay est littéralement jalonné de framboises sauvages, parsemé de fraises des bois ça et là ...
Que juste après ce sous-bois enchanteur un petit chemin descend sur une plage de sable blanc déserte ...
Qu'un petit serpent gris et vert ondule doucement au bord du sentier, sans crainte ... Que dans le bois, sur la mousse, comme placés là pour mettre une jolie tache de couleur dans ce ravissant tableau, les girolles grandissent en famille ...

Bon, d'accord, je m'emballe facilement, peut-être. A ma décharge je précise que je n'avais jamais vu de serpent au Québec depuis mon arrivée. Ça me manquait un peu, il faut croire. Donc après quelques recherches, je peux vous présenter ma nouvelle amie : la couleuvre rayée. Si elle ne vivait pas si loin (on parle en terme de couleuvre), je l'adopterais bien pour remplacer Martin (les fourmis sont trop lunatiques).

Quant aux girolles, voici enfin une légitimation à portériori de toute cette pluie. Eh oui, les champignons (comme les bleuets d'ailleurs) adorent l'alternance de pluies abondantes et de chaleur. Et ces petites-là, toutes oranges et mignonettes, sur leur lit de verdure, elles ne devaient pas être bien vieilles, fermes et pâles. L'une d'entre elles portait la trace des dents d'un petit animal. J'ai eu pitié des plus petites et des plus vieilles (on n'est jamais assez prévoyant et je compte bien garder ce coin à champignons, aussi je veille soigneusement à sa continuation : machiavélique !), et j'ai spontanément adopté tous les adultes de belle allure.

Je ne sais pas vous, mais moi je regrette toujours lors de mes sorties de ne pas m'être munie d'un petit sac. Aujourd'hui n'a pas fait exception, et j'ai dû, pauvre de moi, improviser un petit panier de feuilles et de fougères pour transporter mon butin. Ce qui est assez affreux, quand l'on considère que cela ne me laissait plus qu'une seule main libre pour cueillir les framboises trop audacieuses bordant le chemin.

Et la journée s'est donc terminée par un petit banquet individuel, sauté de chanterelles persillées à l'ail et filet d'aiglefin grillé.

... je me demande combien de temps vont mettre les rescapés à atteindre l'âge de cueillette ... Si la chaleur se maintient, je vais bien devoir aller vérifier ça dans 2 ou 3 jours ...

Ah, le Québec !

mercredi 29 juillet 2009

canicule et bon voisinage

Eh oui, même au Québec, même au Nord de la jolie ville de Québec, les périodes de chaleur sont possibles. Mais ici, c'est sans doute une des seules zones au monde ou l'on doit préciser 30 degrés celsius au dessus de zéro. Quoique, tout de même, en juillet, fort heureusement les risques de 30 degrés en dessous de zéro paraissent assez réduits. Mais il faut toujours se méfier ...

Chaud bien sûr, mais également terriblement humide (voir mes messages du week-end), et donc un peu moite; seul le vent permet encore de respirer. Le temps idéal, finalement, pour développer ses relations de bon voisinage. Chacun sort sur la galerie, s'installe sur sa chaise à bascule et regarde passer la journée, qui avec une bière, qui avec un thé, qui en fumant silencieusement.

Je dois préciser, contrairement à ce que les apparences pourraient suggérer, que je ne vis pas dans un quartier de chômeurs ni de retraités. Quoique les retraités existent bien au Québec, ils sont généralement soit dans une maison individuelle soit dans leur chalet, ce qui méritera ultérieurement des explications, le chalet étant ici une pratique presque religieuse très répandue. Quant aux chômeurs, selon les plus jeunes générations, ils s'agit d'êtres mythologiques disparus depuis au moins la grande crise de 1929, dont on parle encore parfois dans les veillées pour faire peur aux enfants qui ne veulent pas aller à l'école.

En réalité, le phénomène qui emplit le quartier - mais aussi la ville comme tout le reste du Québec - de travailleurs au repos, ce phénomène se nomme congés de la construction.
C'est qu'ici certaines choses se font de manière simultanée pour l'ensemble de la population de la province. Par exemple, le déménagement. Pas besoin de mettre de pluriel, les déménagements, non. Tout le monde déménage le 1er juillet au Québec. Ça tombe bien, d'ailleurs, c'est un jour férié. Bien sûr, certaines personnes ne déménagent pas du tout - tous les ans, ce serait un peu fatiguant à la longue, pensons aux familles et aux personnes âgées - mais tous ceux qui déménagent n'ont pas le choix de la date.

Pour les vacances, c'est la même chose, la grande majorité de la population part en vacances pendant les semaines de la construction, au nombre de deux généralement. Pas la peine de trop chercher un petit commerce ouvert durant cette période. Tout est au ralenti.

Moi, ça me fait un peu penser aux grandes migrations animales sur les chaines de télévision spécialisées : la longue marche des caribous, le suicide des lemmings ou encore la remontée des saumons ...

Et les chaises basculent, basculent, basculent encore.

lundi 27 juillet 2009

un long fleuve tranquille

Les jours de vacances passent comme coule une rivière ombragée entre les champs. Pas de grande vague, pas de cascade, pas même de barrage. Une gentille routine, de petites réalisations, pas de quoi tailler un canyon dans la roche.
Pourtant j'ai en tête un ruisseau qui ressemble au paradis, qui fait vivre toute une vallée et sait me faire franchir des kilomètres juste pour pouvoir passer la main dans son eau claire.

Mes jours de vacances sont comme cela, et je sais qu'il y a la une de ces étoffes dont on fait le bonheur, qui saura illuminer les périodes de tourmente et lui donner une teinte particulière quand cette époque de ma vie sera de l'histoire ancienne, lorsque je déménagerai peut-être pour la plus grande maison que je veux acheter, lorsque je serai ici depuis tellement longtemps que j'aurai presque oublié ces premiers jours de découverte incertaine.

Comme un enfant j'apprends la structure de ce qui m'environne, de quelle manière tombe la pluie, comment souffle le vent et à quelle heure surviennent les orages. Quelles plantes poussent dans les champs laissés sauvages sur ma promenade, quelles odeurs se dégagent des fleurs et bien entendu ce qui s'y mange - j'ai toujours eu un faible pour les compléments de repas sauvages pris dans les bois, les plaines ou les montagnes.

Petit à petit j'apprends ou trouver ce dont j'ai besoin. C'est une de ces choses que l'on ne peut savoir avant de l'avoir vécue. Chaque société organise son espace et les modes de satisfaction des besoins selon une manière construite qui lui est propre. Aller vivre dans une ville voisine implique seulement un repérage géographique. Émigrer vers un pays limitrophe est déjà un peu plus exigeant, certains produits sont distribués différemment.

Changer de continent ... et de culture ... c'est parfois une énigme au quotidien, difficile à imaginer. Plus d'une année et il me reste bien des choses à apprendre. Changer de ville et bien des bases sont déjà à reconstruire. Je me souviens, fraîchement débarquée de l'avion, de mon effarement en réalisant que les pharmacies et les bureaux de poste se trouvent habituellement au fond de certains types d'épiceries.

En un sens, il est plus aisé de fonctionner dans une société disposant encore de petites boutiques et d'échoppes d'artisans : cela fait partie de l'inconscient collectif occidental je suppose, de savoir ce qu'est un boucher, un boulanger et un cordonnier.

C'est pour cela que vivre ailleurs est véritablement une aventure au quotidien, aussi longtemps que l'on sait regarder et apprendre. Peut-être que vivre, tout simplement, est la véritable aventure, pour peu que l'on garde l'esprit ouvert.

dimanche 26 juillet 2009

Acide formique dominical

Parfois, à certaines époques de ma vie, je déteste les dimanches. Bien évidemment, c'est surtout lorsque je ne dois pas me rendre le lundi à un travail que je n'aime pas. Surtout aussi lorsqu'il pleut, que je suis célibataire et que trop de sorties m'ont privée de toute énergie.

On dirait qu'aujourd'hui est un exemple parfait. Un de ces jours ou le monde semble vide, dépourvu de vie. Un de ces jours ou même internet semble avancer au ralenti, sans message, sans relief. Bien entendu les vacances n'arrangent rien et c'est à peine s'il passe une ou deux voitures par heure dans la rue.

C'est en prévision de journées pareilles que je prévois quelques produits de première nécessité : une table à bonbons bien remplie - bonbons étant un terme générique incluant évidemment le chocolat, au lait et éclats de noisettes de préférence - deux ou trois livres en cas d'envie de grasse matinée - ou journée - sous la couette avec un chocolat chaud, quelques films romantiques pour me permettre de me lamenter sur l'absence d'un amoureux d'autant plus parfait qu'il est absent, ou sur l'absence d'enfants dont il est facile de ne pas imaginer qu'ils me priveraient cruellement de sommeil et de silence ...

Normalement le kit de secours inclut également un chat, pour la capacité de cet animal à exiger un minimum d'action, pour la douceur de sa fourrure et pour sa tendance à réorganiser l'espace à sa convenance - par exemple, transformer un lit king size en plusieurs espaces de sommeil
discontinus pour un humain .
Ces jours-ci le projet chat est bien au chaud dans les tiroirs, tout prêt à être sorti en cas de grande urgence - par exemple un dimanche enneigé de juillet, ou encore une semaine à deux dimanches.

Ce dimanche, quoi qu'il en soit, je dois une fois de plus me contenter d'une fourmi.
Et quelle fourmi ! Martin a l'air de fort mauvaise humeur et me fait bien sentir qu'il est très inconsidéré de ma part de laver la vaisselle et le plan de travail, espaces que , de toute évidence, il considère désormais comme son territoire privé.
Je sais bien qu'il prend un peu trop de liberté avec notre cohabitation, mais un dimanche pareil, je n'ai certainement par le courage d'initier la mise aux point et l'inévitable dispute qui s'ensuivrait. Je réclame au moins la paix dans mon foyer.

La pluie redouble de vigueur, vient frapper les carreaux, tandis que le vent hurle dans les arbres autour de la maison. On dirait que les éléments tiennent absolument à m'assurer de leur sympathie et de leur volonté de collaborer pleinement. Car enfin, c'est évident que j'aurais bien mauvaise grâce à ainsi critiquer le jour du seigneur sous un soleil ardent dans un ciel d'azur. Qu'on me préserve d'une pareille calamité !

Comme pour souligner la justesse de mes propos, le tonnerre se fait entendre, et les éclairs viennent lacérer la nuit.

J'aime quand le monde est ainsi un modèle d'harmonie et d'équilibre.

samedi 25 juillet 2009

intoxication culturelle


Le lac ! Tout vient du lac !

Suivre sa rive de Saint-Gédéon à Saint-Prime, s'arrêter, repartir sur mes pas, Roberval. Pour la deuxième année, retourner aux concerts qui entourent la grande traversée à la nage. Toutes les générations sont là, au bord de l'eau.

Au matin les nageurs couverts de graisse protectrice quittent Péribonka et ses eaux froides. En moins de sept heures le meilleur d'entre eux aborde l'autre côté. Trente deux kilomètres de gloire. Entre temps, le bateau sort de la marina, un peu endormi encore, et les jumelles scrutent l'horizon pour repérer le rassemblement qui accompagne les sportifs. Ils affrontent le froid, les vagues et le vent, pour la beauté de l'art. Nous sommes nombreux à les admirer, à les encourager, dans un futile effort en comparaison de la force physique et mentale à mobiliser dans la course.

La houle est si forte que certains sont malades, la ¨mer¨ nous brasse sans relâche, puis les nuages s'ouvrent, le vent tourne puis faiblit, le soleil vient caresser les eaux. Spectacle merveilleux en tous temps que ce lac.

Et revenir, cheveux au vent, dans une bouffée d'exaltation, ivre de vitesse et de grand air, vers le port ou aura lieu le sprint final. Éclats de rire de grand bonheur.

Des heures plus tard, je tangue encore.
Et je peux dire fièrement ce soir, en jouant sur les mots, que ¨je viens du Lac¨.
Le Québec a cet effet parfois, de savoir se faire aimer sans condition.

vendredi 24 juillet 2009

le lac, presque une mer intérieure ...


Un court message avant de partir à bride rabattue (sur ma charrette bien entendu) vers Roberval, immensément connue capitale mondiale de la nage en eaux libres - ou pour faire plus simple, le départ de la traversée du lac Saint-Jean à la nage.

Non non et non, hors de question de m'y risquer, à moins qu'une personne malintentionnée me pousse à l'eau, auquel cas je serais bien obligée. En fait, je vais rejoindre mes amis et leur joli bateau blanc (l'Atlantique) pour dormir sur les flots et encourager les nageurs en sirotant une bière. Davantage mon style de programme. Et un concert ce soir, de qui de quoi, aucune idée, mais qu'importe.

Donc les autres nouvelles cruciales de la journée, ma haine des gazons et le baptême de ma fourmi (désormais Martin), vont attendre mon retour, certainement victorieux, possiblement humide, de ces nouvelles aventures lacustres.

Bien sur, le temps est redevenu très maussade et devrait tourner à la catastrophe demain, normal pour une sortie en bateau qui pourrait être fabuleuse lol.

jeudi 23 juillet 2009

sur un air de tango


Une journée presque parfaite, ciel pur, températures estivales, niveau d'énergie élevé ... Si ce n'était encore un fond d'inquiétude enfoui sous une vaste hyperactivité ... Un bonheur presque parfait donc. Largement bon à prendre ainsi.

Des sauterelles qui bondissent sur la route, des buissons chargés de fruits, des herbes hautes emplies de fleurs odorantes, l'été comme dans les meilleurs souvenirs d'enfance. Le soleil qui chauffe les épaules.

Une table de cuisine ensevelie sous les légumes, la valse des conserves et des potages, des cuissons et des congélations. L'évier qui s'emplit et déborde, les placards qui s'ouvrent et se referment. Une flaque d'eau par terre, l'odeur du bâton de cannelle qui cuit avec les betteraves, la fourmi qui ne pointe que timidement ses antennes dans tout ce remue-ménage.

Pour gagner ses titres d'hyperactive, la journée compte aussi son lot de courses, de ménage, de rangement, d'installation de logiciels et de configuration à internet, le tout entremêlé autant que possible.

Il semblerait que toute mauvaise humeur, tout mauvais esprit, se soit évanoui avec les dernières traces d'humidité. Et quand Césaria Evora se met à chanter du fond de l'ordinateur, le monde est aussi juste et droit qu'il peut l'être.

La vie au Québec ... un jour comme celui-ci, comment s'étonner que les premiers colons se soient laissés prendre au piège des douceurs du pays, négligeant les préparatifs pour un hiver alors si hypothétique et lointain ?

mercredi 22 juillet 2009

la course effrénée de la marmotte


Hum, journée riche en émotions. Passons sur le trop personnel pour se concentrer sur les marmottes. Les marmottes sont des animaux, il me semble, fort peu polis. J'en prends pour exemple celle-ci, déjà se trompant d'histoire et se prenant pour le lapin blanc d'Alice, qui déboule presque dans mes jambes. A vrai dire, elle suivait le caniveau le long de la piste cyclable, non seulement à vive allure, mais qui plus est à contre-sens. Et bien sur, lorsque je l'ai saluée, elle n'a ni répondu ni même daigné s'arrêter. Les marmottes québécoises manquent assurément de savoir-vivre.

Ceci dit, je râle, je râle, tout de même, elle est bien belle ici la nature !
Bien entendu, c'est mon estomac qui parle, puisqu'en écoutant en mp3 les aventures d'une molaire de mastodonte (attention ne pas confondre avec pachyderme) je suis tombée sur un champ de framboises sauvages. Je me suis aisément laissée corrompre par les délicieux petits fruits, ce qui m'a inspiré la quête de l'après-midi. En effet, au volant de ma légendaire charrette, l'intrépide Chrysler, j'ai parcouru le rang saint André - en fait rang signifie route perdue en québécois - à la recherche d'une ferme. La première ferme rencontrée avait barré son chemin d'accès, aussi ai-je poursuivi ma route jusqu'à la suivante. Et là, bonheur, des kilos et des kilos de légumes à faire se pâmer n'importe quelle Tante Marie. Je suis donc rentrée aujourd'hui à l'appartement les bras chargés de radis, carottes, brocolis, fraises, betteraves, choux, navets, et j'en passe.

Quelle meilleure occasion donc de déposer tout cela sur le plan de travail et de ... me remettre à la peinture. Oui, bon ça va, les conserves et les congelés, ça attendra bien demain, pour l'heure, mon surplus d'énergie demande un peu d'efforts physiques. Et puis j'avoue que les chauffages noirs du salon et l'armoire rose de l'entrée ne sont pas exactement à mon goût. Ou plutôt, parlons au passé, n'étaient pas à mon goût, le blanc purificateur a fait son œuvre, hé hé.

Et pour rendre un peu d'harmonie à cette journée éprouvante, quoi de mieux qu'une petite sortie en terrasse en délicieuse compagnie - non, je ne parle pas de ma fourmi, jamais je n'oserais m'afficher avec elle, que diraient les gens ? - il s'agit davantage d'un des premiers choix dans l'espèce humaine. Qui a ses bons cotés, f'espèce humaine, force est de le reconnaître. Et demain sera un autre jour.

(d'autant plus que le crakinoski est enfin terminé :) ah oui, j'avais oublié de préciser dans mon compte-rendu de courses : la rhubarbe bien entendu, quoique, et si plutôt je la mettais au congélateur cette fois-ci ?)

mardi 21 juillet 2009

Traces de civilisation en contrées sauvages

Ouiii le vent se lève, le ciel chargé de nuages moutonneux se teinte de roses et de violets, encore une magnifique journée sous le soleil d'Amérique. Puisqu'il ne pleuvait pas, je suis allée contempler les eaux de la rivière aux sables, un ruban de verdure au coeur de la ville. Ok, je sais, ça fait cliché, et pourtant, j'ai senti l'odeur de la mouffette (mais oui, un effort, la petite Fleur dans Bambi, si jolie à voir, si affreuse à sentir), j'ai vu les marmottes sur la pelouse, tranquillement affalées, le corps à l'ombre dans leur terrier, la tête sortie, curieuses.

Ah oui, je sais, les marmottes, en Europe, ça vit en montagne, et ici, le sommet régional culminant presque à 1 000 mètres, on peut parler de vaste plaine, d'accord, merci de me le rappeler, enfin, tout ça pour dire que les rigueurs du climat venant à compenser la faible altitude, on trouve sous mes latitudes le même type de faune et de flore qu'en moyenne montagne : les marmottes, les conifères, les myrtilles (on dit bleuet, merci), les truites ...

En parlant de truite, mon congélateur est maintenant l'heureux hôte de deux jolis spécimens de cette espèce, comme par miracle ! En fait le miracle c'est plutôt mon beau voisin pêcheur, qui ne goûte guère le fruit de sa passion (mais non, le poisson, pas le fruit, mais admettez, fruit de poisson, ce n'est pas très appétissant tout de même). Et deuxième effet kiss cool du miracle, j'ai maintenant une victime toute désignée pour mes excédents culinaires - et non, pour les curieux, je ne suis pas encore venue à bout de ce satané kasparov à la rhubarbe.

Aujourd'hui est également un grand jour à noter dans les annales de la société des explorateurs et exploratrices des vastes territoires nordiques. Au moins. En effet, j'ai rassemblé toute mon audace et mon courage, armée seulement d'une couverture et d'un manuel d'économie, et je suis descendue de mon appartement jusque dans le jardin (oui oui, cela signifie justement que j'ai affronté l'escalier maudit) pour tester la solidité et le confort de la balancelle sous mes fenêtres.

Je sais, je prends des risques insensés à vivre ainsi à l'aventure dans des territoires sauvages, mais je sens que c'est mon destin. Et c'est un peu pour ça aussi que je tiens ce journal. Afin que le monde connaisse ma triste fin si jamais je venais à périr sous la dent de féroces cannibales... Ou d'insolation ...

lundi 20 juillet 2009

le dieu soleil


Et voici une héroïque journée qui s'achève ! Et oui, pas une goutte de pluie du lever au coucher du soleil, incroyable mais vrai. Pour fêter ça je me suis empressée, sitôt le petit déjeuner avalé - ah oui, à ce sujet, c'est très agréable de cuisiner, mais je n'en finis plus de manger ce krazuki à la rhubarbe, il va vraiment falloir que je sympathise davantage avec mes voisins pour leur refiler une juste part de mes créations - bon, je reprends, une fois remplie de kraspov à la rhubarbe, j'ai traîné sur la galerie la chaise berçante pour profiter du soleil.

Oh, mais si, vous avez bien vu un film ou un vieux noir se balance devant sa maison, non ? Voila, je le savais bien. Donc bien sur, en tant qu'immigrante (on ne dit pas envahisseur, ça fait prétentieux parait-il), je fais les efforts nécessaires pour m'intégrer. En Amérique, fais comme les Américains, disait César (ou quelqu'un d'autre dans le même genre), et il ne faut pas trop de talent d'observation pour se rendre compte que la base de tout est d'avoir un appartement, si possible en haut d'un escalier vicieux - dans le style ¨et si on profitait de la courbe pour escamoter presque complètement la marche ?¨ - avec une petite galerie couverte - mais pas trop, pour avoir quand même de quoi pelleter deux trois tonnes de neige en hiver, histoire de ¨rester en santé¨. Deuxième condition également très importante, disposer sur la susdite galerie une ou plusieurs chaises à bascule, ou banc berçant, ou siège hamac (plus en vogue quand même dans le Sud il semblerait) ou tout autre objet bizarre pouvant se rapprocher du concept de s'asseoir dehors en bougeant sans effort.
A l'ombre, ça va de soi, puisque la galerie protège très bien du soleil.

C'est pour ça que si je veux en profiter un peu, il vaut mieux sortir tôt quand le soleil est encore rasant. Bien sur à cette heure là on se rapproche vaillamment de 15 degrés (celsius, quand même, on n'est pas au pôle Nord non plus), mais bon, c'est jour de fête ou ça ne l'est pas.

A vrai dire, j'aurais bien fêté ce soleil triomphant par un petit jogging matinal, mais l'escalier fourbe dont je parlais plus tôt s'est chargé de mettre ma cheville hors d'état de courir. Soupir.

Alors dans un grand élan optimiste, aujourd'hui j'ai cuisiné de l'aiglefin à la mexicaine - ah oui, une petite infidélité à Tante Marie, et au passage un hommage à mon ancien colocataire - rafraîchissant au possible et délicieux.

Si avec tout cela le soleil ne revient pas demain ... on verra bien !

dimanche 19 juillet 2009

Jonquière la verte


Le quizz du jour : à votre avis, il fait quel temps, là, chez moi ? Gagné il pleut !
L'avantage c'est que la météo québécoise ne prend pas les gens en traître, elle varie peu ... vous vous rappelez toutes ces belles images de foret verte à perte de vue, de beaux lacs et rivières ? Maintenant, au moins, on sait pourquoi c'est tellement vert ici, et d'où vient l'eau aussi.
Bon, toute chose a un aspect positif, la météo justifie ma sieste.

Ce matin, je suis quand même partie à la recherche du mythique parc Price (du nom de ma rue, donc forcément mythique). On m'avait dit, suis la rue jusqu'aux deux lions. Bon, je vous rappelle qu'on est en Amérique, les lions d'Amérique, je n'en ai jamais entendu parler, mais pourquoi pas, je ne vais pas y mettre de la mauvaise volonté non plus. Donc je marche - chose bizarre en soi au Canada, je veux dire, bien sur on peut marcher dans un parc ou en pleine nature, mais là, comme ça, en ville ? ils sont fous ces français, comme si les trottoirs étaient faits pour marcher, on le saurait, je vous jure - et après plusieurs croisements la rue est barrée, le bitume arraché.
Les lions sont assis bien sagement sur leur socle de pierre et le portail me menace de poursuite si je franchis la ligne imaginaire d'entrée dans le parc, il y aurait même des caméras pour surveiller ça, damn ! Poursuivie par un portail sous le regard impassible de deux lions, je vois tout de suite les titres de journaux, ridicule et effrayant. De retour à la maison, le journal local m'apprend que le parc sera fermé jusque fin septembre, bravo, tout ça pour mettre en valeur la pierre tombale de Sir William Price et veiller à ce que les ponts ne s'effondrent pas (oui, c'est une spécialité québécoise il parait). Bon, je suppose que je vais devoir me contenter du parc de la rivière aux sables, d'accord.

Du coup je suis revenue à ma fameuse stratégie dite du week-end pluvieux : on ouvre le frigo et sauve les légumes d'une lente décrépitude annoncée, on ouvre le livre de Tante Marie, etc ... Aujourd'hui, les navets au sucre, un dé-lice ! Jamais mangé un sucré-salé (sans la partie salé) aussi succulent, impossible de me décider pour savoir cependant à quelle partie du repas ça doit être servi, dans le doute, je m'en suis fait un plat unique, quel régal.

Du coup je me suis endormie sur le canapé en attendant que la pluie recommence à tomber, et bien sur ça n'a pas trop tardé. Juste au moment ou je revenais des courses - parce que mon frigo commence à se vider avec toute cette pluie, à la fin - et non je n'avais pas de parapluie, je ne vais pas provoquer le ciel non plus, il ne faudrait pas exagérer.

Et puis la grande question métaphysique du jour : comment s'assurer de l'intégrité physique de son animal familier quand il s'agit d'une fourmi ? J'avoue, j'ai peur de l'écraser ou de la noyer avec la vaisselle. Je ferais peut-etre mieux de ne pas trop m'attacher, en fait.

samedi 18 juillet 2009

Ground zero : pluie et environnement inconnu

Que fait-on un samedi au Quebec quand on est en vacances, célibataire, fauchée et qu'il pleut ?
Le ménage ? Pas pour moi, en plus je viens d'emménager dans ce nouvel appartement, j'ai déjà passé bien assez de temps à repeindre, nettoyer, ranger, décorer et j'en passe.
Des câlins ? Hum, celui avec qui je voudrais bien est, comment dire, visiblement ailleurs ou pas au courant de mon intérêt.
Restent, au choix et dans le désordre, écouter la radio, faire un puzzle, commencer à préparer mes cours de l'automne, regarder un film ou des épisodes de la série du moment (Heroes), trainer sur internet, chercher une raison valable d'affronter la pluie ...

Ou bien aller dans la cuisine, faire le bilan des produits frais à utiliser de toute urgence avant d'etre obligée de les jeter, contempler la rhubarbe avec remords, regarder par la fenetre, la pluie, revenir à la rhubarbe, commencer à se décider.
Retourner dans le salon, ouvrir l'étagère en coin, sortir le livre de recettes, le ramener dans la cuisine, chercher rhubarbe dans le lexique, trouver deux recettes, écarter celle de la tarte, celle de ma grand-mère est certainement meilleure de toute façon.

S'arrêter sur le crakinoski à la rhubarbe, éclater de rire en prononçant ce nom. Lire la recette, ne pas s'attarder sur les mots que je ne comprends pas ou qui n'ont pas de sens. Je m'explique : le livre de la véritable cuisine de famille de Tante Marie est ... un peu ancien, les pages ne tiennent plus ensemble, le vocabulaire est un peu daté ... et je l'adore.

Cet ouvrage est un remède miracle contre la morosité, d'abord il donne faim, ensuite il a toujours ce coté décalé qui sait me faire rire ou sourire, de petits conseils désuets pour la bonne maitresse de maison en recommandation pour la jeune fille à marier.
D'ailleurs, j'ai bien du mal à me situer dans ce monde disparu, étant par la force des choses et l'une et l'autre. Ou aucune.

Bon, malgré son nom désopilant, le crakinoski n'a visiblement rien de sorcier, ne réclame même pas de monter des œufs en neige. Bien sur je suis perplexe devant les épices qu'on recommande d'ajouter. Comme ça, sans préciser. Dans le doute, je préfère m'abstenir, on verra la prochaine fois.
Ah, et puis le jus de citron, avec de la rhubarbe, on va éviter la suracidité.

Oui, oui, je sais bien, mais que voulez vous, suivre une recette de cuisine à la lettre, ce n'est pas pour moi. Je dois avoir trop d'imagination pour obéir. Ou bien c'est encore mon ascendance bretonne qui joue, trop tétue pour pouvoir imaginer avoir tort. Bref, je vais encore faire la recette à ma manière.

Check list des ingrédients, tout va bien, il ne me manque que des oeufs (d'habitude c'est pire), je le disais : cette recette est faite pour moi !
Donc petit tour à l'épicerie - c'est le mot québécois pour dire supermarché - et hop je reviens avec le sac de courses dans les bras, toujours sous la pluie.
Le plus long c'est seulement de préparer la rhubarbe, tous ces fils à enlever ça n'en finit pas, mais bon, c'est pour la bonne cause (enfin j'espère).

Au passage, elle doit etre bonne la rhubarbe, parce que ma fourmi a l'air de grignoter un morceau de tige avec application. Oui, je sais, mais pas de panique cette fourmi là est seule, ce n'est pas une invasion.
Elle est assez grande et je pense qu'elle devait être dans une plante ou une caisse et que je l'ai ramenée lors du déménagement.
Moi bien sur je préférerais avoir un chat mais bon, c'est une autre histoire et un malheureux concours de circonstance, donc me voila avec une fourmi.
En meme temps elle est toute seule, alors j'ai un peu pitié aussi, donc je lui ai coupé un morceau de rhubarbe, je ne voudrais pas qu'elle meure de faim.
Mais non, je ne lui ai pas donné de nom, on verra ça plus tard. Peut-être.

Enfin, avec tout ça, après avoir léché le plat et tout et tout, eh bien, le verdict, c'est que mon Krasnoiarsk, non seulement il est joliment caramélisé sur les cotés et moelleux en dedans, mais en plus il est délicieux. Sans appel.

Alors voila, comme c'est samedi, qu'il pleut et que je ne sais pas quoi faire d'autre, eh bien je commence ce blog par mon détournement irrespectueux des recettes de Tante Marie.

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