lundi 8 mars 2010

Hommage au grand cinéma espagnol

C'est une salle vieillotte. Sur les sièges de velours rouges se posent inconfortablement des corps usés.
L'image d'abord n'est pas bien dimensionnée puis le film arrive.

Alors disparait la réalité qui laisse place à la magie d'Almodovar.
Un tourbillon d'images, de couleurs et de musique vient emporter le spectateur consentant. La beauté des corps, le charme des voix, la folie quotidienne dévoilée dans toute sa douceur. Le temps d'une pellicule chacun est libéré de soi, heureux d'entrer par la fenêtre chez un autre ou une autre.

Quoi de plus envoutant qu'un film du maitre sur le cinéma ?

samedi 6 mars 2010

L'individu dans la masse

Quand on prend deux rendez-vous dans un délai trop court, il est assez raisonnable de s'attendre à ne pas pouvoir honorer l'un des deux.

C'est de cette manière que j'ai lamentablement manqué le début de la course des Pichous. Cependant, comme je sais être obstinée, je me présente tout de même sur les lieux bien en retard. Les organisateurs, sans doute parce que le cas de figure n'avait pas été envisagé, m'ont malgré tout munie d'un dossard et me voila partie, une vingtaine de minutes derrière les premiers marcheurs.

Le principal inconvénient de partir en retard, c'est que nul ne vous montre plus le chemin. Fidèle à moi-même, je suis donc fort bien égarée sur les boulevards péri-urbains. En trottinant lorsque j'ai la chance de rencontrer un semblant de trottoir.

Cinq minutes de profonde solitude plus tard, égayée seulement par le passage éclair de voitures peu compatissantes, ô miracle, j'aperçois plus loin un groupe de coureurs traversant la route. j'accélère l'allure sans les rattraper et les suis de loin. Las, ils font vite demi-tour et je poursuis mon chemin incertain.

La chance me sourit un peu plus tard lorsque je vois une voiture de police bloquer la bretelle d'accès d'une route. J'ai exactement trois kilomètres de retard sur les meneurs. Toujours joggant, je finis par rattraper les marcheurs les plus lents et remonte petit à petit la file.

De ce moment, la course n'est plus que soleil et grand bonheur, une ambiance de fête bon enfant régnant sur le parcours.

Après quinze kilomètres, je vois l'arrivée avec plaisir, et c'est là que tout rebascule de nouveau.

Passé la ligne, c'est un fouillis sans nom, rien n'est indiqué nulle part, comme pour mieux me rappeler que je ne suis qu'une étrangère. Tout le monde semble à l'aise et mon inconfort augmente d'autant. Après avoir été en retard, je suis maintenant perdue. De nouveau seule, mais cette fois dans la foule.

Je suis quelques personnes et finis par arriver dans une sale où c'est un exploit que de trouver un verre de quelque chose pour étancher ma soif. Bien sûr, lorsque je pose un instant mon verre pour venir en aide à une dame âgée, je me le fais voler.
Je me procure donc un verre vide et par miracle trouve une borne fontaine. Évidemment, je me fais insulter car je n'ai pas pris place dans la file d'accès à la borne fontaine du bon côté.
Qui a dit que le sport adoucit les moeurs ?

Esseulée, assoiffée, fatiguée, je décide alors de me renseigner sur le moyen de me rendre au lieu où sera servi le repas. On m'envoie à pied vers le haut de la ville. Le meilleur moyen sans doute de rajouter à ma fatigue et à ma soif. De plus, je soupçonne qu'il doit exister un bus pour couvrir cette distance et commence à couver un début de paranoïa.

Enfin servie et assise au milieu des gens, je nourris lentement mon estomac et ma solitude parmi la foule, personne ne vient me parler, les voisins de tablée m'ignorent.
Quel bon esprit !

Comme pour se faire pardonner, la chance tourne au moment même où je tourne moi-même en rond en recherche de la sortie et d'un moyen de regagner une solitude plus paisible. Je croise enfin quelques têtes connues, me fais inviter à une table et pour comble de retournement de situation, gagne in extrémis un prix de présence d'une valeur non négligeable.

Quand on parle des deux côtés d'une médaille, je n'ai pas obtenu de médaille mais j'ai le sentiment d'en avoir vu toutes les faces.

Conseils d'entretien.

Choisissez de préférence un samedi après-midi très ensoleillé, de préférence sans vent. Placez le sujet au Québec, par exemple dans le Saguenay. Garnissez-le de chaussures de course, recouvrez de plusieurs couches de vêtements de sport et déposez le tout au début d'un circuit un jour de course organisée.

Laissez le sujet suivre sa progression naturelle, ce qui peut inclure des interactions avec d'autres sujets pareillement apprêtés. Vous observerez que naturellement une partie des couches protectrices vont disparaitre et que votre sujet prendra simultanément une forme plus ferme et une jolie couleur dorée.

Après environ quinze kilomètres le sujet s'arrête spontanément. Il faut alors très rapidement l'arroser et le nourrir tout en le recouvrant de nouveau, afin d'éviter un effondrement peu esthétique. Retirez-le alors de l'espace public et laissez-le reposer dans un endroit tiède et calme.
Vous pourrez renouveler l'opération régulièrement pour conserver un sujet en bon état de marche.

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